Terry Adkins

1953, Washington – 2014, New York


Terry Adkins, brutalement décédé à 60 ans, laisse derrière lui une œuvre défiant les disciplines qu’il décrivait comme « une quête, visant à rendre la sculpture aussi impalpable que la musique et la musique aussi physique et viscérale que la matière ». Artiste, enseignant et saxophoniste, sa pratique comprenait tout autant l’assemblage sculptural d’objets trouvés, l’installation, la photographie, la vidéo que le dessin… Ses œuvres pouvaient ensuite être incorporées à des « récitals » : performances rassemblant ami·e·s et collaborateur·rice·s, composées de musique live ou enregistrée, d’improvisations, de vidéo, de récitations, de costumes et de gestes. Ces « portraits abstraits » étaient une façon « se confronter à l’histoire, de la réécrire et de la réimaginer » afin de proclamer haut et fort l’héritage tu des « Immortels », des figures afro-américaines sur lesquelles il engageait des recherches poussées.
Avec la série After Bonnaterre (2013), T. Adkins créé un parallèle surprenant entre l’œuvre de George W. Carver (1864–1943) esclave américain affranchi, éducateur, chimiste et botaniste et les monochromes de l’artiste français Yves Klein, célèbre pour avoir créé le bleu qui recouvre ici des planches botaniques de Pierre Joseph Bonnaterre, naturaliste français du 18e siècle. Laissant une feuille, ici et là, émerger derrière l’opacité bleue, il attire l’attention sur les innovations moins connues de G.W. Carver, également peintre, musicien et créateur de nombreux pigments.
La sculpture Nutjuitok (Polar Star)(2012), exposée à proximité, évoque quant à elle la vie de Matthew Henson (1866–1955), explorateur afro-américain, premier homme à avoir atteint le Pôle Nord et compagnon de route des huit expéditions du commandant Robert Peary. N’ayant jamais été considéré autrement que comme homme de main, il était resté dans l’obscurité de l’anonymat. Le titre de l’œuvre signifiant « étoile polaire » en langue Inuit, évoque la maîtrise de ce langage par M. Henson et sa proximité avec la nation Inuit au sein de laquelle il avait femme et enfants, facilitant de fait la conquête de ces territoires attribués à R. Perry. Ici, la sculpture semble luire de l’intérieur comme si elle avait emprisonné les lumières fantomatiques des aurores boréales. Décrite par l’artiste comme « le cœur froid des ténèbres », l’œuvre cherche à faire résonner une expérience de l’Arctique, celle du silence et de la lumière telle qu’elle a pu être faite par M. Henson.

After Bonnaterre 76, 2013

Frac Bretagne

Gouache sur planches botaniques

Courtesy de l’artiste et Thomas Dane Gallery, London


After Bonnaterre 78, 2013

Frac Bretagne

Gouache on botanical engravings

Courtesy de l’artiste et Thomas Dane Gallery, London


After Bonnaterre 79, 2013

Frac Bretagne

Gouache sur planches botaniques

Courtesy de l’artiste et Thomas Dane Gallery, London


After Bonnaterre 81, 2013

Frac Bretagne

Gouache sur planches botaniques

Courtesy de l’artiste et Thomas Dane Gallery, London


After Bonnaterre 83, 2013

Frac Bretagne

Gouache sur planches botaniques

Courtesy de l’artiste et Thomas Dane Gallery, London


After Bonnaterre 93, 2013

Frac Bretagne

Gouache sur planches botaniques

Courtesy de l’artiste et Thomas Dane Gallery, London


Nutjuitok (Polar Star), 2012

Frac Bretagne

Acier, verre, lampe

D. Daskalopoulos Collection