Raymond Boisjoly

1981, Canada (Nation Haida) ; vit et travaille à Vancouver


Nouvelle production dans le cadre d’À Cris Ouverts

Écrans, scanners, imprimantes : autant d’appareils par lesquels texte et image transitent et se dématérialisent en même temps qu’ils se déforment. Artiste d’ascendance amérindienne haïda et québécoise, Raymond Boisjoly nous invite à penser le rôle de notre regard dans les processus de transmission et de réception de l’information qui construisent la culture au sens large. Cette circulation des signes, il la relie aux contextes fluctuants à travers lesquels l’indigénéité est considérée.
Au Frac Bretagne, les photographies Something with a name, Like some things have names, Like some things don’t have names, issues de la série (And) Other Echoes (2013) se positionnent à la croisée de ces problématiques. Derrière un plexiglas teinté rendant plus opaques des images déjà sombres, des silhouettes se dessinent dans des espaces domestiques et urbains. Ces images, dont la surface est aussi perturbée par des vagues irisées, ont été créés en plaçant un iPad à plat sur un scanner, alors qu’il diffusait le film de Kent MacKenzie The Exiles. Produit en 1961, ce long-métrage suit un groupe de jeunes Amérindien·ne·s à Los Angeles, de la tombée de la nuit jusqu’à l’aurore. Ayant quitté les réserves, il·elle·s expriment leurs désirs et réflexions sur l’appartenance, le lieu, la communauté et le futur. À l’exil dont le film fait le récit, s’ajoute ici l’effet de distorsion causé par le décalage temporel entre les deux technologies de diffusion et de captation, entre le mouvement et l’image fixe. R. Boisjoly désigne ainsi l’existence indigène comme une condition à la fois engagée et en retrait, nécessitant d’agir simultanément dans divers espaces physiques et symboliques.
Cette réflexion se poursuit avec Between and Beyond (2018) nouvelle installation produite pour le Musée des beaux-arts. L’artiste s’est intéressé à ce qui est communément considéré comme incompatible ou discordant. L’idée, par exemple, de couleurs qui jurent, comme le rouge et le violet, et d’une manière générale ce qu’il pointe comme : « la nature coercitive du langage, les sentiments qu’il peut provoquer, ce à quoi il peut faire penser et faire faire aux gens ». En langue haïda, l’expression qui décrit ces discordances a aussi un usage péjoratif décrivant les habitants du continent (les territoires haida sont insulaires). Prenant le contre-point de ce langage de l’inconciliable il déploie avec liberté un texte rouge et violet sur les murs de la galerie, comme si les textes d’introduction aux expositions s’étaient émancipés dans une non-conformité criarde. Altérés par des procédés de xérographie puis reproduits en lettres vinyles, les mots cachent leur message « contenu comme une présence fantôme, un motivateur absent ». Incohérente, la langue fait image et devient alors une possibilité : « son focus a été déplacé, effaçant une frontière et invitant à un autre niveau de lecture. »

(And) Other Echoes, 2013

Frac Bretagne

avec :

Something with a name
Like some things have names
Like some things don’t have names
de la série (And) Other Echoes, 2013

Impressions sous plexiglas teinté, lettrage vinyle

Courtesy de l’artiste et Catriona Jeffries, Vancouver


Between and Beyond, 2018

Musée des beaux-arts de Rennes

Lettrage vinyle

Courtesy de l’artiste et Catriona Jeffries, Vancouver.
Production Les Ateliers de Rennes – 2018