John Akomfrah

1957, Ghana ; vit et travaille à Londres


Les œuvres filmiques de John Akomfrah, artiste, réalisateur, écrivain et scénariste anglais, sont reconnues parmi les plus rigoureuses réflexions sur la culture de la diaspora noire en Angleterre et dans le monde. Son travail a d’abord émergé avec le Black Audio Film Collective (1982–1998), groupe dont il est membre fondateur, créé en réponse au climat de racisme et de brutalités policières rendu visible par les émeutes de Brixton en 1981. Ce groupe de jeunes artistes anglais·e·s, noir·e·s et issu·e·s de diasporas, a contribué à faire émerger de nouvelles voix dans le cinéma anglais et à repenser le documentaire en employant un ton poétique et des expérimentations de montage mêlant archives, interviews et collages sonores.
Le film Mnémosyne (2010), empruntant son nom à la déesse de la mémoire, ne fait pas exception à l’engagement esthétique de J. Akomfrah. Les images et sons d’archives empruntés à la BBC, s’entremêlent à de multiples narrations et à une bande son hypnotique. Divisé en neuf sections, nommées d’après les neufs muses, filles de Mnémosyne, le film s’appuie sur l’archive de la télévision nationale pour retracer les expériences des immigrants d’après-guerre. On y voit des scènes d’arrivées de familles venues du Commonwealth Caribéen, des hommes d’Asie au travail dans de hauts fourneaux, les bancs d’écoles… le tout entrecoupé de vues réalisées par l’artiste dans un paysage gelé. Là, un témoin silencieux, au visage emmitouflé, semble contempler le contraste entre le statut de « terre promise » de l ’Angleterre et la réalité de cette contre-cartographie de la société industrielle d’après-guerre et de ses acteur·rice·s racisé·e·s. C’est d’ailleurs les mots du Paradis Perdu décrit par John Milton en 1667 qui résonnent en introduction du film. Ici, le sous-titrage est emprunté à Chateaubriand, dont l’inclinaison romantique pour l’épopée vers l’exotisme des colonies, explique en partie cette traduction (1836). Alors que les emplois qui ont attiré ces familles disparaissent, ces images semblent inévitablement lier le réchauffement climatique à l’anxiété et au populisme généré par la transition en cours vers une société post-industrielle. La destruction de l’environnement et le racisme émanant des mêmes manières d’habiter le monde, de coloniser et d’exploiter pour mieux extraire de la valeur.
Avec le soutien de  Fluxus Art Projects.

Mnemosyne, 2010

Installation vidéo (45 min). Début du film à heure fixe : 14:00, 15:00, 16:00, 17:00

Courtesy de l'artiste et Lisson Gallery, London.
Avec le soutien de Fluxus Art Projects.