Corita Kent

1918, Fort Dodge-1986, Boston


En 1962, Sœur Mary Corita Kent, religieuse au couvent du Cœur Immaculé de Marie à Los Angeles, se rend à la Ferus Gallery pour y voir la fameuse exposition où Andy Warhol adopte la sérigraphie avec sa série Campbell’s Soup. « Sister Corita », comme on l’appelle, a rejoint les ordres à 18 ans, mais elle n’est pas novice en art et la sérigraphie est déjà son médium de prédilection. Elle a suivi des cours à Otis College of Art and Design, au Chouinard Art Institute et possède une maîtrise d’histoire de l’art de l’Université de Californie du Sud. Elle est depuis professeure à l’Université du Cœur Immaculé. Pourtant, ce moment va être déterminant et la conforter dans la direction qui fera d’elle la « Nonne du Pop Art ». Artiste, femme, pédagogue, et religieuse Corita ne rentre dans aucune case. Ses sérigraphies montrent une approche célébratoire de la société de consommation, en contrepied des tenants du Pop comme Robert Rauschenberg, Jasper Johns ou Richard Hamilton, chez qui les failles du matérialisme apparaissent plus froidement. 1962, c’est également l’année où Jean XXIII convoque le Concile Vatican II initiant un grand mouvement d’ouverture de l’Église à la culture contemporaine. Dans ce contexte d’émancipation, Corita s’approprie le langage de la publicité et laisse la couleur et les mots exploser de liberté. Slogans, paroles de chansons, versets bibliques et citations d’auteur·e·s s’inscrivent librement sur le papier dans une recontextualisation engagée, indissociable de sa foi, véhiculant des valeurs de tolérance mais aussi de résistance face aux inégalités.
Couvrant une période de 1963 à 1967, les œuvres rassemblées à Passerelle attestent de cet optimisme, de son approche radicale de l’enseignement artistique et d’une ouverture grandissante vers l’activisme. Sous le mot « TENDER », la Vierge est par exemple décrite comme riant de « cette émeute de son et de couleur ». Corita organisait également les parades des célébrations Mariales de son campus où les œuvres réalisées avec ses étudiant·e·s étaient brandies comme des pancartes. Elle les encourageait à se rendre dans les supermarchés, les garages, au contact des communautés locales. L’engagement de Corita pour la justice sociale grandit au contact d’amis comme Daniel Berrigan prêtre, poète, et militant pacifiste à qui elle fait référence dans son œuvre POWER UP (1965). Anarchiste chrétien, celui-ci devient l’un des dix fugitifs les plus recherchés par le FBI en 1968 dans le contexte des mouvements contre la guerre du Vietnam, tandis que Corita, quitte les ordres cette même année, sous la pression de l’archidiocèse choqué par une œuvre de 1964 utilisant un slogan pour sauce tomate célébrant la Vierge comme « la plus juteuse de toutes ».
En 1968 et 1969, comme le montrent les œuvres exposées au Musée des beaux-arts, sa transition dans le monde séculaire est marquée par l’inclusion de motifs photographiques, l’utilisation d’encres fluorescentes chères au mouvement psychédélique, et par des références décomplexées à des figures « désobéissantes » telles que le philosophe anti-esclavagiste Henry David Thoreau, ou encore son ami Joe Pintauro, ancien prêtre, écrivain et poète homosexuel. Elle cite E.E. Cummings : « Que tout soit damné sauf le cirque ! ».

christy, 1969

Musée des beaux-arts de Rennes

Sérigraphie

Courtesy du Corita Art Center, Immaculate Heart Community, Los Angeles, CA


M however measured, 1968

Musée des beaux-arts de Rennes

Sérigraphie

Courtesy Corita Art Center, Immaculate Heart Community, Los Angeles, CA


U u are a tiger, 1968

Musée des beaux-arts de Rennes

Sérigraphie

Courtesy du Corita Art Center, Immaculate Heart Community, Los Angeles, CA